Dès qu’un lien rapporte quelque chose, deux interlocuteurs différents attendent une information de votre part. Le lecteur, qui a droit de savoir que la recommandation est rémunérée. Et le moteur de recherche, qui a besoin de savoir que ce lien n’est pas un vote éditorial spontané. Ces deux exigences se confondent souvent dans les esprits, alors qu’elles réclament deux gestes distinctset remplir l’une ne dispense pas de l’autre.
Deux obligations qu’on confond souvent
La première est une obligation d’information envers le lecteur. Elle relève du droit de la consommation et de la loyauté des pratiques commerciales. Son principe : une personne doit pouvoir savoir qu’un contenu ou une recommandation est rémunéré, afin d’en tenir compte dans son jugement. Elle se remplit par une mention rédigée, lisible, placée avant les liens concernés.
La seconde est une obligation de signalement technique envers les moteurs. Elle ne relève d’aucune loi mais des règles des moteurs eux-mêmes. Son principe : un lien obtenu contre rémunération ne doit pas transmettre de signal de recommandation. Elle se remplit par un attribut dans le code du lien, invisible pour le lecteur.
Cette distinction entre les deux obligations, rappelée par Jimenez Julien dès qu’un éditeur commence à monétiser, évite de croire qu’un seul geste suffit. Une mention en tête d’article ne remplace pas l’attribut technique ; l’attribut technique n’informe personne. Il faut les deux, systématiquement.
Un dernier point : ces deux obligations sont indépendantes du montant. Un lien qui rapporte quelques centimes obéit aux mêmes règles qu’un partenariat à cinq chiffres.
L’information du lecteur
Trois qualités sont attendues de la mention, et aucune n’est négociable.
Elle doit être claire. Rédigée en langage courant, compréhensible sans connaissance du secteur. « Cet article contient des liens affiliés : si vous effectuez un achat via ces liens, nous percevons une commission, sans surcoût pour vous » se comprend immédiatement. Des termes techniques ou des abréviations obscures ne remplissent pas l’exigence.
Elle doit être visible avant les liens. Placée en tête d’article, dans le corps du texte, à la même taille que le contenu. Le lecteur doit la rencontrer avant de rencontrer le lien, pas après avoir cliqué.
Elle doit être présente sur chaque contenu concerné. Une page « transparence » générale est utile en complément, mais elle ne dispense pas de la mention sur l’article.
Ce qui ne suffit pas, et qu’on voit pourtant partout : une mention en pied de page, invisible pour qui ne défile pas jusqu’en bas ; un astérisque renvoyant à une note en petits caractères ; une formule noyée dans un paragraphe de conditions générales ; une mention affichée seulement après le clic.
Sur les contenus vidéo ou audio, l’information doit être donnée oralement en plus de la description écrite. Sur les réseaux sociaux, elle doit figurer dans la partie visible du message, avant le repli.

Le signalement technique
Les moteurs de recherche attendent que les liens rémunérés portent un attribut spécifique dans leur code, qui indique la nature commerciale de la relation. Cet attribut existe précisément pour cet usageil est distinct de celui utilisé pour les contenus générés par les utilisateurs, et de celui qui bloque toute transmission de signal.
Deux points pratiques.
La cohérence sur l’ensemble du site. Signaler correctement dix articles et oublier les cinquante autres n’a pas grand intérêt. Faites l’inventaire de vos liens rémunérés, et traitez-les tous. Sur un site WordPress, plusieurs extensions permettent d’ajouter automatiquement l’attribut aux liens sortants d’un domaine donnéc’est la solution la plus fiable, parce qu’elle ne dépend pas de votre vigilance à chaque publication.
Ce que risque un site qui l’omet massivement. Les moteurs considèrent les liens rémunérés non signalés comme une tentative de manipulation de leur classement. Les conséquences peuvent porter sur le site qui émet les liens comme sur celui qui les reçoit, et vont d’une dévaluation silencieuse des liens concernés à une action manuelle plus large. Un oubli ponctuel n’a rien de dramatique ; une pratique systématique sur des centaines de liens est un risque réel.
Le contenu lui-même
L’exigence ne s’arrête pas au lien. Elle porte aussi sur ce qui l’entoure.
Un contenu commercial ne peut pas être présenté comme un avis indépendant. C’est le point central, et le plus surveillé. Un article rédigé ou payé par une marque, présenté comme un test personnel spontané, constitue une pratique trompeuse. La rémunération ne rend pas l’avis illégitimela dissimulation, oui.
Le cas du contenu sponsorisé. Il doit être identifié comme tel dès son titre ou immédiatement sous celui-ci, avec une mention explicite. « En partenariat avec », « Contenu sponsorisé », « Publicité » : le vocabulaire importe moins que la clarté et la visibilité.
Le cas de l’article invité rémunéré. Lorsqu’un tiers paie pour publier chez vous, la double obligation s’applique intégralement : information du lecteur et signalement technique de tous les liens sortants du contenu.
Le cas du produit offert. Recevoir un produit gratuitement pour test est une contrepartie. Elle se mentionne, même en l’absence de paiement.
Les mentions à prévoir sur le site
Au-delà des mentions par article, deux pages sont attendues.
Une page dédiée au modèle économique, expliquant comment le site est financé : liens affiliés, contenus sponsorisés, publicité, et ce que cela impliqueou n’implique paspour l’indépendance éditoriale. Cette page ne remplace pas les mentions par article, mais elle inspire confiance et sert de référence.
Des mentions légales à jour, identifiant l’éditeur du site et permettant de le contacter. Le contenu exigé dépend de votre statut et de votre pays.
Prévoyez également une politique de confidentialité décrivant les traceurs utilisés, puisque les liens affiliés en déposent.
Ce qui déclenche des contrôles
Sans dramatiser, il est utile de savoir d’où viennent les vérifications.
Le signalement d’un lecteur est le déclencheur le plus fréquent. Une personne qui s’estime trompée peut saisir les autorités de protection des consommateurs.
Les secteurs sensibles font l’objet d’une attention particulière : santé, compléments alimentaires, produits financiers et crédit, jeux d’argent, cosmétiques aux allégations fortes.
Les allégations santé ou financières sont le point le plus exposé. Affirmer qu’un produit soulage une affection, améliore une fonction physiologique ou garantit un rendement engage une responsabilité lourde, et ces domaines sont encadrés par des textes spécifiques indépendamment de la question de l’affiliation.
Sur les thématiques nature et environnement, une vigilance particulière porte sur les allégations écologiques : les affirmations relatives au caractère naturel, biodégradable ou neutre en carbone d’un produit sont désormais encadrées, et les reprendre telles quelles depuis une fiche produit ne vous en dispense pas.
La checklist de conformité
Dix points à vérifier sur chaque contenu monétisé.
La mention de rémunération est-elle présente sur l’article ? Est-elle placée avant le premier lien concerné ? Est-elle rédigée en langage courant ? Est-elle affichée à la même taille que le texte, sans repli ni astérisque ? Tous les liens rémunérés portent-ils l’attribut technique approprié ? Le contenu sponsorisé est-il identifié dès le titre ou juste en dessous ? Les produits reçus gratuitement sont-ils signalés ? Le site dispose-t-il d’une page expliquant son modèle économique ? Les mentions légales sont-elles à jour ? Aucune allégation santé, financière ou environnementale non étayée ne figure-t-elle dans le contenu ?
Intégrez cette liste à votre procédure de publication. C’est bien plus efficace qu’un audit annuel.
Où vérifier
Un avertissement nécessaire pour finir : rien de ce qui précède ne doit être pris pour une garantie de conformité.
Les obligations varient selon votre pays, votre statutparticulier, professionnel, sociétévotre secteur d’activité, et elles évoluent. Aucune formulation, aussi prudente soit-elle, ne peut être présentée comme conforme dans l’absolu. Ce qui suit est vrai en revanche : une mention claire, visible et honnête vous place dans une position bien meilleure qu’une absence de mention.
Pour établir votre situation, référez-vous aux sources officielles : les textes applicables en matière de pratiques commerciales et de publicité dans votre pays, les recommandations de votre autorité de protection des consommateurs, et les documentations publiées par les moteurs de recherche pour le volet technique.
Pour les cas particulierssecteur réglementé, montants significatifs, activité structuréeun conseil juridique reste le seul moyen d’obtenir une réponse fiable. Le coût d’une consultation est très inférieur à celui d’une mise en demeure.
